Les cérémonies du 80e anniversaire de la Libération de Strasbourg se sont déroulées samedi 23 novembre sous la présidence du chef de l’Etat, Emmanuel Macron, accompagné des autorités militaires et civiles dont M. Jean-Louis Thériot, Ministre délégué auprès du Ministre des Armées, les Généraux d’Armée Thierry Burkhard, CEMA et Vincent Giraud, MG des Armées et ancien Gouverneur militaire de Strasbourg. Enfin pour honorer la mémoire de son aïeul, Madame Bénédicte Coste-Leclerc de Hauteclocque, petite fille de Leclerc, était également présente.
Il y a 80 ans, le 23 novembre 1944, la 2e DB du général Leclerc entrait dans Strasbourg à l’issue d’une offensive éclair, et libérait la ville des Allemands qui l’occupaient depuis juin 1940. Ce n’était pas la fin de la guerre en Alsace, puisque la poche de Colmar ne sera prise qu’en février 1945, mais un symbole très fort de la reconquête de la France par ses soldats, appuyés par les armées alliées.
Parmi les 12 troupes passées en revue, pour la plupart issues de la 2e brigade blindée qui a succédé à la 2e DB, on remarquait les marins du BFM Amyot d’Inville venus de Brest. Sous les ordres de leur commandant, le CF Serge, la délégation du BFM AMV était composée du drapeau du RBFM et sa garde et d’un bloc de fusiliers marins.
L’un des symboles forts de la commémoration fut le drapeau français hissé solennellement sur la flèche de la cathédrale de Strasbourg. Le général Leclerc en avait fait le serment en mars 1941, à Koufra, dans le désert de Libye. A la tête d’un embryon d’armée, il avait repris aux Italiens un fort. Ce fut la première victoire de la France libre et Leclerc avait prononcé ce serment : “Jurez de ne déposer les armes que lorsque nos couleurs, nos belles couleurs flotteront à nouveau sur la Cathédrale de Strasbourg !” Le 23 novembre 1944, le spahi Maurice Lebrun avait gravi les marches jusqu’au sommet de la cathédrale à 142 mètres afin d’accrocher un drapeau tricolore fabriqué à la hâte par une habitante libérée. Nous sommes quelques-uns de l’ACOMAR, à avoir eu l’honneur de rencontrer Maurice Lebrun (DCD en 2009), lors de la commémoration des 60 ans à Strasbourg…
Après le dépôt de gerbe devant la colonne dédiée à Leclerc et à sa 2ème DB, la Marseillaise chantée par le chœur de l’Opéra du Rhin et reprise par la foule, les cloches de la cathédrale ont longuement résonné. Le chef de l’Etat a ensuite décoré de la Légion d’honneur quatre vétérans, anciens de la 1re Armée française (qui a libéré Mulhouse) et anciens résistants alsaciens et mosellans. Une dizaine d’autres anciens avaient été invités place Broglie, tous très applaudis à leur arrivée, dont Jean Ferrazi, dernier libérateur de Strasbourg, ou Jean-Marie Hostert, seul ancien Malgré-Nous présent aux cérémonies.
Et justement dans son discours prononcé ensuite à l’aula Marc Bloch du Palais universitaire, le chef de l’Etat reviendra sur la “tragédie” des Malgré-Nous qui “doit être nommé, reconnue et enseignée”… Comme l’un de ses prédécesseurs, il soulignera que ces 130.000 incorporés de force “vécurent un supplice”, “40.000 moururent dans les combats ou en captivité, habillés d’un uniforme détesté, instrument d’un crime qui les tuait”. C’est une plaie toujours ouverte dans notre région !
“Pour son œuvre, son enseignement et son courage”, Emmanuel Macron a annoncé également la prochaine entrée au Panthéon de l’historien et résistant Marc Bloch (1886-1944), arrêté et fusillé par la Gestapo. Professeur d’histoire médiévale à l’université de Strasbourg de 1919 à 1936, il a renouvelé en profondeur le champ de la recherche historique en l’étendant à la sociologie, la géographie, la psychologie et l’économie. Capitaine et Croix de guerre en 1914-1918, de nouveau mobilisé en 1939, Marc Bloch était resté en France malgré la répression qui s’abattait sur les juifs. L’historien s’était engagé dans la Résistance en 1943, avant d’en devenir un des chefs pour la région lyonnaise. L’auteur de L’Etrange défaite, écrit en 1940 et publié après la guerre, avait été arrêté à Lyon le 8 mars 1944, emprisonné et torturé à la prison de Montluc, puis fusillé le 16 juin avec 29 de ses camarades.
Le programme du chef de l’Etat s’est poursuivi dans la neige sur le site de l’ancien camp de concentration Natzweiler-Struthof, unique camp nazi sur le territoire français, découvert par les soldats américains le 25 novembre 1944. Lors d’un moment solennel, il s’est recueilli devant la plaque commémorative portant la mention “à la mémoire de tous les déportés morts ici pour la liberté”, et notamment devant Henri Mosson, rescapé centenaire du camp, présent avec sa famille. De 1941 à 1945, 52 000 déportés, de plus de 30 nationalités différentes, ont été déportés à Natzweiler et dans ses camps annexes. Plus de 17 000 y sont morts…
Le parcours mémoriel fut suivi du ravivage de la flamme du déporté avant de conclure cette journée au Mémorial d’Alsace-Moselle, musée d’histoire contemporaine dédiée aux impacts que les changements de nationalités successives entre la France et l’Allemagne de l’Alsace et de la Moselle ont eu sur la culture et la société de ces territoires. On peut dire que cette visite du Président de la République dans quatre lieux emblématiques de la Seconde guerre mondiale de la région de Strasbourg, a permis de faire le lien entre l’Histoire, la mémoire et les futures générations !
Ce déplacement était l’occasion d’honorer différentes mémoires :
• le serment de Koufra des hommes de la 2e Division Blindée de ne déposer les armes que lorsque le drapeau français flottera sur la cathédrale de Strasbourg ;
• la résistance du peuple alsacien ;
• l’armée d’Afrique qui a participé à libérer la France avant la bataille d’Alsace-Moselle ;
• les incorporés de force d’Alsace-Moselle ;
• les changements de nationalités successives en Alsace-Moselle ;
• la figure de Marc Bloch, qui fut notamment professeur à l’Université de Strasbourg ;
• l’horreur nazie du seul camp de concentration située sur le territoire français.
A l’invitation de la Présidence de la République, du Comité Libération comme de l’ONaCVG, Alain Kleimberg et Pascal Jardin ont représenté l’ACOMAR durant ces cérémonies aux côtés du CV® Christian Houette, Délégué régional pour le rayonnement de la Marine – Grand-Est.
EV1® Alain Kleimberg
Délégué national ACOMAR Grand Est
Crédit photo : Elysée, Préfecture, ONaCVG, ACOMAR, ANOPEX67, X.
